Les problèmes non-éthiques

1) Les problèmes médicaux 

Tout d’abord, l’AMP n’est pas sans danger ni pour la mère, ni pour l’enfant. En effet des complications peuvent survenir :

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a. Pour la mère

  • Lors du traitement de stimulation

-       L’hyperstimulation ovarienne est la complication la plus fréquente et la plus grave du traitement hormonal. Dans sa forme sévère, c’est une pathologie qui peut mener à la mort, caractérisée principalement par une augmentation de la taille des ovaires.

 -       Il existe des risques thromboemboliques dans le syndrome d’hyperstimulation ovarienne : ces thromboses sont rares mais peuvent être graves. Elles sont souvent localisées aux vaisseaux de la tête et du cou, et leur mécanisme n’est pas vraiment compris. 

 

  • Lors de ponctions ovariennes

-       Les complications infectieuses sont rares (0,2 à 0,5% par ponction) mais non nulles et ont un effet négatif sur le taux de grossesse, ce qui fait que l’on  repousse le transfert d’embryon à un autre cycle en cas d’infection après ponction. L’usage systématique d’antibiotiques dans les programmes de FIV explique probablement la faiblesse du risque infectieux.

-       Il existe un risque lié à l’anesthésie comme chaque fois qu’une anesthésie locale ou générale est utilisée.

-       Risque d'hémorragie par ponction vasculaire, ou lésion viscérale : ces complications deviennent de plus en plus rares, grâce à une plus grande prudence des médecins.


  • Après le transfert ou en cas de grossesse

-       Torsions d'ovaires : comme les ovaires stimulés peuvent atteindre un volume important, il peut arriver qu’ils se tordent sur eux mêmes. C’est une complication rare de la FIV (0,1%) se manifestant par de violentes douleurs d’apparition brutale (« coup de poignard ») dans le dos et la cuisse. Ces torsions apparaissent quelques jours après la ponction ou en début de grossesse. Le grand risque de cette torsion est la perte de l’ovaire.

-       Grossesse extra-utérine : même si l’on dépose les embryons directement dans l'utérus, on observe un taux de grossesses extra-utérines pour les FIV de 4% contre 1% dans la population générale. Ce taux est plus élevé lorsque l’infertilité est d’origine féminine. 

-      Grossesses multiples : le taux de grossesse multiple est de 1,5% dans la population générale, alors qu’il approche de 25% chez les femmes traitées en AMP (23% de grossesses gémellaires et 1,5% de grossesses triples ou quadruples) : ces grossesses multiples font courir des risques à la mère (risque plus élevés de complications pendant la grossesse et l’accouchement) et à l’enfant (risques de fausses couches, de mort in utero, de prématurité).

-       Risques thromboemboliques : ils sont plus élevés, surtout quand la mère doit rester alitée pour éviter une naissance prématurée.

 

  • Risques à long terme :

-      Cancer de l’ovaire : jusqu’à présent, aucune étude n’a pu établir de lien entre les traitements et le cancer de l’ovaire. On observe néanmoins une légère augmentation de tumeurs précancéreuses chez les femmes ayant reçu un traitement stimulant les ovaires pendant plus de 12 cycles. Par contre, alors que la pilule contraceptive et la multiparité (le fait d’avoir eu plusieurs enfants) semblent protéger du cancer de l’ovaire, on observe que la nulliparité (le fait de ne pas avoir eu d’enfants) et l’infertilité sont deux facteurs de risque. 

-       Risque de ménopause précoce : on cherche à savoir si  les stimulations répétées de l’ovaire risquent d'entraîner un épuisement ovarien précoce. Pour l'instant, aucune étude n’a montré que la ménopause surviendrait plus tôt chez les patientes ayant été traitées pour FIV. 

 

b. Pour l'enfant


Plusieurs études menées sur les enfants nés suite à une FIV ou une ICSI  montrent un taux d’anomalies plus important que pour ceux nés d’une grossesse naturelle. Ces anomalies consistent en malformations musculaires,  cardio-vasculaires et de l’appareil uro-génital ; on a aussi observé un nombre d’enfants de faible poids plus important pour ceux nés à l’aide d’une AMP, ce qui pourrait conduire à de graves maladies cardiovasculaires à long terme. De plus l’AMP conduit fréquemment à des grossesses multiples, ce qui augmente le risque de naissances prématurées.

Pour donner un exemple, le New England Journal of Medecine a publié en mars 2002 que 8,6% des enfants conçus par ICSI seraient touchés par une anomalie (9 ,0% pour ceux conçus par FIV). Ces taux sont deux fois plus importants que pour les enfants conçus naturellement.

Certains scientifiques considèrent que les recherches concernant les dangers des différentes pratiques de l’AMP n’ont pas été suffisamment approfondies. Ainsi le professeur Robert Winston du Hammersmith Hospital, qui a travaillé sur les effets de la congélation sur les embryons, a déploré dans Daily News et BBC News en Septembre 2003 le peu d’expériences sur des animaux comme la souris avant la mise en pratique directe sur l’Homme, ce qui fait des enfants des « cobayes ». Cependant, les tests sur des animaux peuvent poser de graves problèmes éthique : en effet, pour vérifier la "qualité" d'un échantillon de sperme, certains scientifiques provoquent une fécondation entre un spermatozoïde humain et un ovule de hamster. Il est interdit de laisser les résultats de ces expériences se diviser plus de 10 fois, mais cela reste choquant, et on ne peut pas savoir quel usage une personne malveillante pourrait en faire.

 L’AMP n’est donc pas sans risque pour la mère et l’enfant. Comme l’a déclaré le Professeur Mitchell, de Boston, « ces risques ne sont pas admissibles pour tous les couples et doivent être désormais pris en compte par les médecins et les patients ».

 

2) Les problèmes psychologiques

Outre les complications médicales, l’AMP entraîne des troubles psychologiques qui ne sont pas anodins :

a. Pour le couple



La relation à la reproduction dans le cadre de l’AMP est particulière : en effet cela n’est plus effectué à deux de façon privée mais dans un milieu médical, en faisant intervenir au moins une tierce personne ; le couple peut se trouver dans des situations humiliantes et difficiles à surmonter. De plus, certains examens, très intrusifs et révélant la partie du corps la plus secrète de la personne, sont parfois mal supportés. 

De plus, le recours à l’AMP rend les rapports sexuels complexes car soit « prescrits » de façon obligatoire, à dates et heures fixes,  soit, à l’inverse, interdits. Cela entraîne souvent une disparition du désir et de l’érotisme : l’homme ou la femme finit par les refuser en-dehors de toute tentative d’AMP, les considérant comme inutiles ; le couple peut être profondément affecté, car ce qui fait physiquement d’eux un couple ne les attire plus, et n’est plus un facteur de communion.

D’autre part, les soins essentiels à l’AMP sont supportés en grande majorité par la femme, ce qui peut donner naissance à des sentiments d’injustice, l’homme se sentant couramment exclu ; les traitements hormonaux ont une grande influence sur le caractère de la personne, ce qui ne favorise pas la compréhension entre les deux conjoints.

Cela peut aussi toucher la vie sociale du couple : ainsi la femme est souvent obligée d’arrêter de travailler, ou de travailler à temps partiel, l’AMP  étant très prenante et éprouvante.

Enfin, l’AMP comporte un taux de réussite de 20%, impliquant donc un taux d’échec de 80%, ce qui est considérable. Un couple peut y avoir recours pendant des années, sans résultat, vivant alternativement dans l’espoir, le stress,  l’échec, la déception, la tristesse, ce qui affaiblit grandement le couple et le mène parfois à une séparation

Ainsi, il n’est pas rare que l’AMP, au lieu de rapprocher les deux membres d’un couple, soit une source de tensions, et s’achève par une rupture.

 

b. Pour l'enfant

 

« Il n’y a pas que les Boeings qui ont une boîte noire. Nous aussi avons notre histoire familiale dans la tête, même si on ne le sait pas. » (Xavier Pommereau, psychiatre)

Dans le cadre d’une AMP avec don de gamètes se pose souvent pour l’enfant devenu adulte la question de l’identité et de l’origine : « qui suis-je ?  D’où est-ce que je viens ? Qui sont mes parents biologiques ? » Certaines personnes affirment même qu’elles auraient préféré ne pas naître plutôt que de vivre chaque jour avec ces interrogations, cette ignorance et cette impuissance à y remédier ; ces personnes en veulent souvent à leurs parents « officiels », ce qui est déstabilisant et est une source de tristesse pour les membres de la famille.

De façon générale, les enfants issus d’une AMP sont aussi touchés dans leur intimité : les détails de leur conception sont connus et étalés aux yeux de tous ; l’origine de l’être humain, personnelle et propre à chacun, est exhibée. Ainsi la naissance du premier « bébé-éprouvette » en France, Amandine, le 24 Février 1982, a été très médiatisée ; cela représentait une révolution dans le domaine médical. Mais cela inspire un certain malaise : on sent que c’est contre-nature, et que cela viole l’intimité la plus profonde de la personne.

Amandine, premier bébé-éprouvette en France

 

c. Pour les médecins

Le médecin peut se retrouver en conflit personnel avec les actes qu'il doit pratiquer (réduction embryonnaire, diagnostic preimplantatoire) ou dont il est supposer assumer la surveillance (grossesse chez une femme ménopausée après un don d'ovocytes ...). Il peut se sentir chargé d'une   responsabilité à laquelle il n'a pas été préparé et qu'il ne souhaitait pas forcément assumer (tri des embryons avant transfert, destruction d'embryons...). Malgré l'existence d'une clause de conscience, il y a peu de place dans la vie quotidienne des services hospitaliers pour ce type de questions.

3) Les problèmes économiques

Le coût annuel de l'AMP est estimé à 120 millions d'euros pour la sécurité sociale. Une FIV coûte environ 4000 euros. En ces temps de crise économique, on peut se demander s'il ne serait pas plus logique d'essayer de limiter le nombre d'IVG (environ 200 000 par an en France) en favorisant les procédures d'adoption prénatales?


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